INTRODUCTION

Protocole: L'Industrie Artistique est un projet d'Opéra. Il s'agit d'une dystopie au sein de laquelle l'Art est au service de l'Industrie. Montrer comment l'Art aide à renouer avec la vie.


L’Industrie Artistique (2021-) est un opéra dystopique transdisciplinaire crée par Camille Sauer. Œuvre totale entre les arts visuels et la musique, entre le virtuel et le tangible, entre la rationalité et l’ésotérisme, l’Industrie Artistique est ancrée dans les réalités les plus triviales du monde actuel et place les qualités humaines au coeur des nouvelles technologies.


L’Opéra raconte l’histoire d’une dystopie dans laquelle l’art est conditionné par l’industrie. La richesse de cette industrie n’est autre que l’intelligence artistique produite par l’artiste qui œuvre au sein de cette industrie. Il s’agit de montrer la manière dont l’art aide à renouer avec la vie. L’art est une pulsion de vie au sein d’un monde qui pousse l’Homme à être perpétuellement tourné vers l’extérieur.


L’industrie artistique est aussi un projet de recherches initié avec l’EHESS qui questionne le lien qu’entretient l’art avec l’Industrie créative. En effet, l’Industrie a longtemps été vantée à travers les siècles comme un progrès et une révolution. David Lewis-Williams, archéologue sud-africain, associe la naissance de l’art à celle de « la conscience ».

Ce sont donc deux consciences, humaines (l’artiste) et artificielles (l’avatar), qui habitent l’espace de chacune des scènes de l’opéra, transformé en « monde de structures ». L’avatar est l’être réciproque de l’artiste. C’est un personnage au cœur de l’opéra. Il questionne l’utilité de l’artiste au sein de son propre système. Il est tout ce que l’artiste n’est pas et ne peut pas être par essence: une fonction.


L’artiste élabore ainsi un protocole en plusieurs étapes à l’issue duquel un « système » voit le jour. Chaque système constitue une nouvelle scène de cet Opéra.


Empruntant à Hans Haacke – et plus généralement à la Critique Institutionnelle – le geste de l’enquête de terrain, elle produit des documents comme des croquis mais aussi des mélodies électroacoustiques qui structurent et modélisent ses observations.

Elle applique aux pratiques artistiques et au monde de l’art les méthodes de la Business Intelligence : des logiciels qui analysent des grands volumes de données afin de faciliter la prise de décision au sein des entreprises, pour toujours plus de productivité.


Aussi, les recherches de l’artiste sur le potentiel poétique de l’Intelligence Artificielle se traduisent entre autres par l’usage d’un système algorithmique comme fondement de l’univers graphique qui traverse son oeuvre: une palette limitée – du rouge, du noir et du blanc –, des espaces saturés de compositions quadrillées et griffonnées de formes géométriques organisées de façon rationnelle ou encore des fragments de phrases énigmatiques écrites à la main qui s’apparentent autant à des paroles prophétiques qu’à une série d’instructions propres au fonctionnement des algorithmes.

De ce protocole de recherche naît une série de performances visuelles et musicales réalisées par l’artiste au sein d’installations complexes. Dans un espace imitant l’univers industriel, une structure systémique est délimitée par des bandes adhésives rouges et un réseau de fils électriques sur lesquels sont disposés les boîtes d’archives produites par l’artiste au cours de son protocole.


En accord avec à la dramaturgie de l’opéra – combinant signes verbaux, acoustiques et visuels – l’artiste et son avatar se donnent en spectacle face aux visiteurs.


En outre, l’accumulation progressive d’informations au sein de chacune des scènes de l’opéra de l’Industrie Artistique alimente ce que l’artiste nomme l’« Intelligence Artistique », une sorte de transposition de l’Intelligence Artificielle – c’est à dire un système algorithmique imitant le fonctionnement du cerveau humain, capable d’apprendre et de raisonner – dans le paradigme de l’Art.


Comme l’Intelligence Artificielle, plus l’Intelligence Artistique enregistre des données, plus les capacités de prises de décision au sein de l’Industrie seront facilitées, quantifiant par la même occasion la valeur des données collectées.


Projet à la fois conceptuel et sensible, l’Industrie Artistique est une sorte de non-réponse à la sempiternelle question de la fonction et l’utilité de l’art dans la société : les outils de la Data Science – initialement utilisés pour analyser des données concrètes et souvent mercantiles – tentent ici en vain de quantifier la valeur des intuitions qui animent les artistes. Camille Sauer rend par ailleurs visible, grâce à ce procédé, de réels enjeux d’inégalité et de précarité au sein de sa profession[3] et s’inscrit par cette démarche dans l’héritage des sculptures sociales de Joseph Beuys dans l’idée du débordement de l’oeuvre du cadre artistique vers les champs politiques et sociaux ainsi que l’interpénétration de ces différents champs. Par l’élaboration simultanée d’une recherche heuristique et plastique, Camille Sauer présente une Data Science altérée, traversée par des considérations plastiques et émotionnelles, plaçant les qualités humaines au coeur des nouvelles technologies.

L'Industrie Artistique (2021-) is a dystopian transdisciplinary opera whose first scene was exhibited at the end of 2021 during a visit to Adiaf Emergence. A total work between the visual arts and music, between the virtual and the tangible, between rationality and esotericism, L'Industrie Artistique is anchored in the most trivial realities of today's world and places human qualities at the heart of new technologies.

The Opera tells the story of a dystopia in which art is conditioned by industry. The wealth of this industry is none other than the artistic intelligence produced by the artist who works within this industry. It is about showing how art helps to reconnect with life. Art is an impulse of life within a world that pushes Man to be perpetually turned towards the outside.


The art industry is also a research project initiated with the EHESS which questions the link between art and the creative industry. Indeed, industry has long been praised throughout the centuries as a progress and a revolution. David Lewis-Williams, a South African archaeologist, associates the birth of art with that of "consciousness".

It is thus two consciousnesses, human (the artist) and artificial (the avatar), which inhabit the space of each of the scenes of the opera, transformed into a "world of structures". The avatar is the reciprocal being of the artist. It is a character at the heart of the opera. He questions the utility of the artist within his own system. He is everything that the artist is not and cannot be by essence: a function.


The artist thus elaborates a protocol in several stages at the end of which a "system" is born. Each system constitutes a new scene of this opera.

Borrowing from Hans Haacke - and more generally from Institutional Criticism - the gesture of field investigation, she produces documents such as sketches but also electroacoustic melodies that structure and model her observations. She applies to artistic practices and to the art world the methods of Business Intelligence: software that analyzes large volumes of data in order to facilitate decision-making within companies, for ever greater productivity.

The artist's research into the poetic potential of Artificial Intelligence is reflected, among other things, in the use of an algorithmic system as the basis of the graphic universe that runs through his work: a limited palette - red, black and white -, spaces saturated with gridded compositions and scribbled geometric shapes organized in a rational manner, or fragments of enigmatic handwritten sentences that are as much like prophetic words as a series of instructions specific to the functioning of algorithms.


From this research protocol is born a series of visual and musical performances realized by the artist within complex installations. In a space imitating the industrial world, a systemic structure is delimited by red adhesive strips and a network of electric wires on which are arranged the archive boxes produced by the artist during his protocol.


In accordance with the dramaturgy of the opera - combining verbal, acoustic and visual signs - the artist and his avatar make a spectacle of themselves in front of the visitors.


Moreover, the progressive accumulation of information within each of the scenes of the Artistic Industry opera feeds what the artist calls "Artistic Intelligence", a kind of transposition of Artificial Intelligence - that is to say an algorithmic system imitating the functioning of the human brain, capable of learning and reasoning - into the paradigm of Art.


Like Artificial Intelligence, the more data Artistic Intelligence records, the easier it will be to make decisions within the industry, quantifying the value of the data collected.

Both a conceptual and sensitive project, the Artistic Industry is a sort of non-answer to the age-old question of the function and utility of art in society: the tools of Data Science - initially used to analyze concrete and often mercantile data - attempt here in vain to quantify the value of the intuitions that animate artists.



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