camille sauer

Camille Sauer est une artiste qui fait violence à la pensée. Récemment diplômée de l’École des Beaux-Arts de Paris, elle cherche, fouille et remet en question ; remplit de schémas, formules et jeux de mots de nombreux carnets de travail ; écrit, compose et met en forme. Nous sommes face à une boulimie de la pensée, mais une boulimie qui n’est pas égocentrée, au contraire faite pour être partagée, expérimentée, assimilée et propagée.

Si Camille Sauer s’intéresse au jeu, à la musique, au langage, à la psychologie ou encore à la sociologie, c’est dans l’interférence que se trouve le cœur de son travail. L’évolution repose sur l’échange, la création sur la confrontation. Le jeu comme vecteur de compréhension. L’interférence comme processus créatif.

 

CV

Grégoire Prangé
Jeunes critiques d'art.org

A L'INTERNATIONAL, LES JEUX SAVANTS DE CAMILLE SAUER

Camille Sauer s’appuie sur des protocoles de travail longuement élaborés et physiquement explorés qui aboutissent à des mises en formes variées exploitant des techniques aussi diverses que la musique, l’écriture ou l’installation. Son vocabulaire plastique se fonde sur des variations influencées par des logiques mathématique ou géométrique de blanc, de noir et de rouge, toutes couleurs qui marquent la communication comme l’ont prouvé les œuvres de Barbara Kruger. Tentant d’approcher des phénomènes sociétaux l’artiste met au point des partitions plastiques qui ont pour but de rendre la présence du spectateur plus dynamique. Pour ce faire elle a recours à des logiques ludiques ou scientifiques qui interrogent les fondamentaux humains.

Au croisement des composantes individuelles et sociétales elle développe actuellement son projet musical ADN Additions et Dynamiques Nouvelles. L’installation présentée à Réalités Nouvelles s’appuie sur des supposés proches où se mêle le micro et le macrocosme. Intitulé Porter sur soi les affaires du Monde elle se présente comme une table de jeu qui incite à deux attitudes, l’une plus contemplative Regarder longuement renvoie à l’attention personnelle aux faits tandis qu’à l’autre bout de la table Éclairer violemment suppose une attitude plus médiatique. De façon plus générale les deux types de comportement peuvent être aussi référées à l’opposition entre réformisme et volonté révolutionnaire.

Cette logique du jeu de société avait déjà engagé au moins deux œuvres précédentes. La plus ancienne Parti-sans était aussi tabulaire dans sa mise en partie des enjeux politiques. Plus récemment Mundus bâtie sur le modèle de l’alquerque, ancêtre du jeu de dames était présentée au mur. Pour régulariser la partie, la dynamiser un métronome surplombe le damier. C’est une autre règle qui gère Pôle-étique : des bâtons rouge, noir et blanc sont décorés de petites photographies de presse, l’artiste vient performer ces « gendarmes » d’un petit théâtre de l’événement qui lui font sonner les trois coups. Reposés au sol ils réoganisent la logique de lecture du monde. Dans chacune de ses œuvres contrairement au film de Sofia Coppola elle tente de nous trouver dans la traduction d’un monde à un autre, d’une logique à sa complémentaire. Comme le suggère le titre d’une autre installation à performer son développement se veut toujours Transe-Actionnel.

De même que de plus en plus de jeunes artistes se lancent dans un post-féminisme, aux protocoles plus subtiles moins directement militants, Camille Sauer fait partie d’une nouvelle génération qui interroge les enjeux politiques internationaux dans un engagement qui prend les masques de jeux savants où le spectateur se doit d’intervenir pour bousculer la géométrie trop bien réglée des accords déjà joués. Une autre petite musique respectant l’individu et les unités étatiques doit se faire entendre, c’est pourquoi même si l’art est un sale boulot Camille Sauer s’y colle avec subtilité, finesse et talent.

Christian Gattinoni

Lacritique.org

Camille Sauer is an artist who does violence to thought. Recently graduated from the École des Beaux-Arts de Paris, she researches, explores and questions; fills many workbooks with diagrams, formulas and word games; writes, composes and shapes them. We are faced with a bulimia of thought, but a bulimia that is not self-centered, on the contrary made to be shared, experienced, assimilated and propagated.

If Camille Sauer is interested in acting, music, language, psychology or sociology, it is in interference that the heart of her work lies. Evolution is based on exchange, creation on confrontation. The game as a vector of understanding. Interference as a creative process.

Grégoire Prangé
Jeunes critiques d'art.org

INTERNATIONALLY, THE LEARNING CAMILLE SAUER GAMES

Camille Sauer relies on elaborate and physically explored working protocols that lead to various forms using techniques as diverse as music, writing or installation. Her plastic vocabulary is based on variations influenced by mathematical or geometric logics of white, black and red, all colours that mark communication, as Barbara Kruger's works have shown. Trying to approach societal phenomena, the artist develops plastic scores that aim to make the spectator's presence more dynamic. To do this, it uses playful or scientific logics that question human fundamentals.



At the crossroads of individual and societal components, she is currently developing her musical project ADN Additions et Dynamiques Nouvelles. The installation presented at Réalités Nouvelles is based on supposedly close people where micro and macrocosm mix. Entitled Carrying the World's Affairs with You, it is presented as a game table that encourages two attitudes, one more contemplative, one more contemplative, refers to personal attention to the facts, while the other end of the table Lighting Violently implies a more media-oriented attitude. More generally, both types of behaviour can also be referred to as the opposition between reformism and revolutionary will.


 

This logic of the board game had already engaged at least two previous works. The oldest Party-without Party was also tabular in its focus on political issues. More recently, Mundus, built on the model of the alquerque, ancestor of the checkers game, was presented on the wall. To regularize the game, energize it with a metronome overlooking the checkerboard. It is another rule that manages Pôle-étique: red, black and white sticks are decorated with small press photographs, the artist comes to perform these "gendarmes" in a small theatre of the event that makes him ring the three bells. Resting on the ground, they reoganize the logic of reading the world. In each of her works, unlike Sofia Coppola's film, she tries to find us in the translation from one world to another, from a logic to its complementary. As the title of another installation suggests, to perform its development is always Transe-Actionnel.


Just as more and more young artists are embarking on a post-feminism, with more subtle protocols that are less directly militant, Camille Sauer is part of a new generation that questions international political issues in a commitment that takes the masks of scholarly games where the spectator must intervene to shake up the all too well regulated geometry of the chords already played. Another little music that respects the individual and the state units must be heard, which is why even if art is a dirty job, Camille Sauer sticks to it with subtlety, finesse and talent.

Christian Gattinoni

Lacritique.org